Transcription de l'intervention sur l'INALCO et les projets étudiants

Publié le par Mamosta Anne

Voici donc l'intégralité de l'intervention qui a été faite au département.

Peu d'entre vous étaient présent, cependant si la première partie est une présentation générale de L'INALCO, la deuxième partie et sa suite concernent les projets étudiants. Ces parties peuvent vous êtes utiles pour choisir le sujet de votre de mémoire l'année prochaine et vous donner des pistes de réflexions :

 

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Un enseignement au département de kurde de l’INALCO

Par Gérard Gautier

L’INALCO

“INALCO” signifie “Institut National des Langues et Civilisations Orientales”. On l’appelle souvent en abréviation “Les Langues’O”. On y enseigne actuellement 93 langues et civilisations. Même si l’Institut a gardé son nom d’origine, on n’y enseigne pas seulement les langues “orientales” au sens géographique, mais un grande nombre de langues non-occidentales comme les langues africaines et américaines d’origine, c’est-à-dire celles des Indiens d’Amérique.

L’INALCO est un établissement très ancien. C’est en 1669 que Colbert, ministre du roi Louis XIV, crée l’“Ecole des Jeunes de Langues”, et en 1795 qu’après la Révolution, la Convention modernise l’établissement et lui attribue le nom d’École des Langues Orientales Vivantes.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, on enseigne à l’INALCO, à côté du kurde (sorani et kurmanci), l’arabe, le turc et le persan, mais aussi l’arménien, le pashtou, l’ourdou, l’ouygour… Pour l’arabe, plusieurs dialectes sont enseignés à côté du littéral (fusha). Si nous continuons vers l’est, nous trouvons l’hindi et le tamoul, puis chinois, japonais et coréen, langues aussi enseignées à l’INALCO.

Ceci fait de cet institut un centre d’enseignement unique en Europe, et probablement dans le monde. Vous pourrez en savoir davantage en vous rendant sur le site de l’INALCO, http://www.inalco.org, où vous pourrez aussi télécharger les présentations des différents enseignements (cliquez sur “L’Institut”, puis sur “Qu’est-ce que l’INALCO ?”).

L’Institut privilégie des sujets de recherche pluridisciplinaires (linguistique, sciences politiques, littérature, sciences sociales…) menées sur une même zone (recherche “aréale”), et compte plusieurs équipes de recherche.

La filière de kurde

En ce qui concerne le kurde, son enseignement a été initié dans les années 30 par le Prince Kamuran Bedir Khan, d’abord venu en exil en Syrie alors que ce pays était sous mandat français, puis plus tard installé à Paris après avoir travaillé comme speaker à Radio Beyrouth : ainsi, les cours actuels sont un peu l’héritage du mouvement national kurde.

Le Prince Bedir Khan était kurmanciphone, mais aujourd’hui, les deux dialectes principaux, kurmanci et sorani, sont enseignés à égalité sur une licence complète, donc trois niveaux. Chaque niveau regroupe à peu près une dizaine d’étudiants. Même si cela ne se compare pas avec une langue comme le japonais, qui regroupe 600 étudiants, l’existence d’une licence de kurde est importante en soi. Les enseignants de langue viennent de presque toutes les parties du Kurdistan.

Le nouveau campus

Longtemps l’INALCO n’a pas eu son propre campus. Un peu comme l’Université Salahaddine de Hewlêr, il avait une présidence, installée depuis le Second Empire dans un bâtiment prestigieux au 2 Rue de Lille, et des centres d’enseignements dispersés parfois très loin du centre ville, et surtout loin les uns des autres : “Kurdes” et “Chinois” n’avaient aucune chance de se rencontrer. A la rentrée 2012, cependant, toutes les langues ont été regroupées dans un bâtiment ultramoderne situé en plein cœur de Paris, à 200 m de la Bibliothèque Nationale de France (Bibliothèque François Mitterrand) et de la bibliothèque de l’université Paris-Diderot.

Les amphithéâtres et une partie des salles de cours ont des projecteurs vidéo et un accès Internet (plus on monte dans les huit étages du bâtiment, plus les salles sont équipées). Sur les trois niveaux inférieurs, est installée la nouvelle “Bibliothèque universitaire des langues et cultures du monde” (BULAC), qui offre au lecteur plus d’un million d’ouvrages – dont un bon nombre dans les langues enseignées à l’INALCO. Les livres auparavant dispersés dans les diverses bibliothèques “orientalistes” de Paris ont aussi été regroupés à la BULAC.

Les filières spécialisées et les projets étudiants

A côté des filières de langues, il existe à l’INALCO des masters spécialisés comme Hautes Etudes Internationales, Commerce International… où se retrouvent ensemble des étudiants originellement de japonais et d’arabe, de chinois et de persan, qui travaillent souvent en petits groupes pour préparer des exposés voire des colloques. Une de mes amies taïwanaise inscrite en HEI a rendu comme dossier de fin d’année de son cours d’économie une recherche sur “Les relations commerciales entre Taïwan et la Pologne”, pour laquelle elle a utilisé, outre de nombreuses sources en français et en anglais, des sources en chinois qu’elle a trouvées à Taïwan et les données du site de l’autorité polonaise du commerce extérieur, qui est en anglais et en polonais.

Autre exemple, il y a quelques semaines les étudiants du Master 2 HEI ont organisé dans le grand auditorium de l’INALCO un colloque public intitulé La géopolitique des zones maritimes, auquel ils ont invité une dizaine d’intervenants. Il y a été entre autres question de commerce maritime et de piraterie…

Il est donc fréquent de demander aux étudiants de faire des dossiers, des mini-recherches qui doivent être à la fois rendues dactylographiées sur papier et présentées sous forme d’exposé – comme pour une soutenance. Le sujet peut être choisi par l’enseignant ou par l’étudiant mais dans ce second cas, il est toujours approuvé par l’enseignant. C’est aussi ce que je fais dans mes cours, même si j’organise aussi des examens sur table “traditionnels”.

Les projets étudiants en civilisation kurde

A l’INALCO, je n’enseigne pas la langue kurde, mais les cours dit de “civilisation” : “Histoire des Kurdes”, “Géographie du Kurdistan”, et “Civilisation des Kurdes”. Je ne suis pas professeur à plein temps à l’université mais chargé de cours (وانەی بێژ). J’ai donc un travail principal qui concerne la traduction et j’ai longtemps travaillé comme professeur de FLE et dans une association internationale d’éducation scientifique de jeunes.

Qui sont mes étudiants ?

En premier lieu, les étudiants de la langue kurde, car les cours de civilisation font partie de leur cursus. Mais les cours de civilisation du département de kurde peuvent aussi être choisis comme “cours d’ouverture” par des étudiants d’autres langues de la région : arménien, arabe, persan, turc… Le groupe est donc souvent un peu différent de celui réduit aux étudiants de langue. Il accueille souvent notamment des petits groupes d’étudiants du département de turc, certains (pas tous) étant aussi des Kurdes. Il y a aussi parfois des étudiants inscrits en parallèle dans d’autres universités : il y a deux ans, j’ai reçu un étudiant de l’Institut d’Études Politiques (IEP, souvent appelé “Sciences-Po”) qui trouvait que les enseignements qu’il suivait à l’IEP n’étaient pas assez précis sur le sujet des Kurdes. Une étudiante préparant un master en sociologie a aussi assisté aux cours. Parfois, des étudiants du Kurdistan d’Irak préparant une thèse à Paris viennent nous rendre visite. Dernièrement, l’un d’entre eux voulant travailler sur les possibilités de décentralisation en Turquie était venu en France étudier les pouvoirs des régions administratives en France.

Beaucoup de mes étudiants (pas tous) sont aussi d’origine kurde, enfants de parents émigrés ou réfugiés qui recherchent des informations sur leur culture d’origine. Inversement, certains connaissent très bien une région et apportent des informations aux autres.

Entrer dans les détails de ce dont je traite en cours nous emmènerait trop loin. Je voudrais simplement revenir sur les dossiers et le travail de recherche que je demande habituellement aux étudiants comme part du moyen de validation du cours. J’ai commencé à utiliser cette technique lorsque j’étais professeur de FLE à Taïwan dans les années 90 et il me semble que cela ressemble à ce que vous faites ici au département de français de Hewlêr.

Origine : des projets scientifiques de jeunes

A l’origine de cette idée, il y a les projets scientifiques en petits groupes que j’ai connus quand je m’occupais d’éducation scientifique hors de l’école : des jeunes se posaient une question, souvent en groupe, et tentaient d’y répondre. Ensuite ils présentaient leurs résultats sur des panneaux lors de rassemblements de jeunes appelés Expo-Sciences. Les manières de répondre dépendent beaucoup du type de question posé – et donc aussi du domaine de connaissance concerné. Je vais donner deux exemples.

  1. Des élèves de collège se sont demandé “Pourquoi une tartine de pain tombe-t-elle toujours du côté de la confiture ?”. On dit souvent ça en France pour plaisanter sur notre malchance – Y a-t-il un fond de vérité là-dedans ? Ces collégiens ont essayé des expériences réelles avec une tartine et de la confiture. Ils ont pu montrer que ce n’était pas de la plaisanterie. Une tartine qui tombe d’une table de 1,30 m tourne sur elle-même en descendant et a effectivement plus de chance de tomber sur le sol du côté portant la confiture (il faut tout nettoyer). On pourrait penser que c’est logique, puisque la tartine est plus lourde de ce côté. Mais il y a la résistance de l’air, et ce n’est plus vrai si la table est à 1,50 m ou 2 m. La réponse à la question est donc : “Une tartine de pain tombe en effet plus souvent du côté de la confiture. C’est lié à la taille de l’espèce humaine et au fait que les gens aiment s’asseoir pour manger. Un peu inférieure à 2 m, cette taille impose une hauteur spécifique pour les tables.”

  2. D’autres, au lycée ou dans un club d’astronomie, se sont demandés : “Quelle est la température de cette étoile ?”. Ici, pas question de faire des expériences avec l’étoile, elle est trop loin. La seule chose que l’on puisse faire, c’est étudier la lumière qu’elle nous envoie et faire des comparaisons avec des objets plus proches. Comme un morceau de fer chauffé, une étoile change de couleur en fonction de sa température de surface : rouge sombre, elle passe au rouge vif puis au jaune et au bleu au fur et à mesure qu’elle chauffe. Là, on fait la supposition que l’étoile se comporte comme le morceau de fer et on calcule sa température à partir de sa couleur.

Peut-on utiliser les mêmes méthodes ailleurs ?

Au département de français de Taiwan ou je travaillais, je m’étais inspiré de ces méthodes pour proposer aux étudiants d’étudier eux-mêmes des thèmes qui les intéressaient, un peu comme vous le faites ici. Mais les étudiants ne faisaient pas de sciences, et la manière de choiisir les thèmes, à partir d’une question, ne “marchait” pas toujours. Et il y avait un but supplémentaire, de maîtrise de la langue. Donc, à côté des sujets basés sur une question, j’ai accepté des sujets un peu différents.

Il est important que les étudiants s’appuient sur ce qu’ils aiment et ce qu’ils connaissent pour choisir leur thème. A Taiwan toujours, un étudiant passionné de football a construit un dossier très complet pour expliquer, avec de nombreux dessins, les différentes stratégies d’équipe possibles dans un match de foot. Moi qui ne connais rien au football, j’ai beaucoup apprécié son texte, qui m’a appris beaucoup de choses. Dans ce cas, la question qu’on se pose est un peu différente. Elle correspond à « Comment ça marche ? » ou « Je voudrais comprendre ceci ». Un dossier qui aide le lecteur à comprendre un système ou un mécanisme est aussi une recherche : l’étudiant devient un professeur qui explique quelque chose au lecteur, il fait quasiment une recherche pédagogique.

Découpage du sujet et négociation du sujet

Cela correspond bien aux thèmes de mes cours d’histoire, de géographie et de sciences humaines. Mais ATTENTION ! Des questions trop générales ne peuvent pas être traitées faute de temps : c’est un cours de niveau licence, qui fait de seulement 26 heures. Les étudiants qui arrivent juste du lycée n’ont pas encore les méthodes de travail nécessaires.

Donc à partir d’un thème du cours, je tente de les aider à “découper” dans le thème une question qu’ils puissent traiter. Je leur demande d’abord de choisir le thème qui les intéresse. Par exemple, il y a deux ans, un étudiant voulait en savoir plus sur la question des personnes déplacées en Turquie, que nous avions étudiée en cours. Il y a en Turquie probablement deux (peut-être trois) millions de personnes, en très grande majorité des Kurdes, qui ont dû quitter leurs villages suite à la guerre civile. Nous n’avons pas de chiffres précis et c’est un sujet très compliqué, sur lequel travaillent avec difficultés certaines universités turques. Que peut apporter à ce sujet un travail d’étudiant fait en une dizaine d’heures ? L’important est ce que ça apportait à l’étudiant lui-même !

L’étudiant en question lisait très bien le turc et le kurmanci. Je lui ai proposé de choisir une dizaine d’articles de presse publiées en Turquie dans ces deux langues et de travailler non pas sur “Les personnes déplacées” mais “La présentation par la presse du problème des personnes déplacées au travers de plusieurs articles”. Le sujet est tout de même plus “petit”. Il utilise bien les compétences spécifiques de cet étudiant, et comporte un aspect traduction pour lequel l’étudiant pouvait aussi chercher l’aide des enseignants de langue. Et de fait (même si ce n’est pas le but principal) il apporte bien quelque chose d’intéressant au sujet.

Le plus important c’est donc ce processus de “découpage”, une sorte de négociation du thème qui se fait par e-mail durant un mois, entre l’enseignant et l’étudiant. Beaucoup d’étudiants proposent des thèmes sans question, ou trop “gros”, trop généraux. Comme ils n’ont pas le temps d’étudier le sujet correctement, ils finissent par simplement recopier des informations d’un livre ou de l’internet. Mon travail est d’éviter ça en faisant des propositions de sujets plus “petits” et en proposant des sources d’information : articles, livres, ou même des personnes. Dans le cas des étudiants de parents ou de grand parents kurdes, il peut être extrêmement intéressant de demander leur témoignage, car ils savent parfois des choses essentielles. Il ne faut pas en faire une obligation car ce n’est pas parce qu’on peut dire qu’on veut dire : ce doit être respecté.

Evolution du sujet : c’est NORMAL

Entre le début et la fin de ce processus de négociation, le sujet change, évolue. C’est absolument normal. Quand un étudiant me propose un thème oralement, je lui demande toujours de le mettre par écrit. Le simple fait de devoir écrire lui montre le flou de sa proposition et il est obligé de la préciser. Le véritable travail se fait dans la tête de l’étudiant, le professeur apporte l’impulsion de départ, sert de guide et relance la machine de temps en temps. La discussion avec le professeur dans ce processus de négociation du sujet, c’est là que l’étudiant apprend ! Je note autant en fonction de ce processus que du résultat final, ce qui perlet de tenir compte du niveau de départ de l’étudiant.

On pourrait presque dire que si le sujet ne change pas, soit c’est que l’étudiant était déjà très bon au départ, soit qu’il y a un problème…

Ensuite, l’étudiant apprend à travailler par lui-même. Le sujet est en fait un prétexte à apprendre plein de choses… Depuis le raisonnement logique jusqu’à la mise en page.

Remarques finales

On ne s’attend pas à ce qu’un étudiant découvre quelque chose de nouveau, l’important est qu’il apprenne à se poser une question et tenter d’y répondre puis de présenter son travail de manière claire.

Il y a des apprentissages “techniques” qui passent au travers de cette activité, et qui peuvent servir ensuite quand l’étudiant entre dans sa vie professionnelle . J’en cite seulement quelques-uns :

Travail de recherche d’informations : livres, presse (importance d’apprendre à faire une recherche bibliographique), témoignages de personnes. Dans ce dernier cas, importance de protéger la sécurité du témoin en rendant le témoignage anonyme ;

Travail de présentation des informations : document mis en page correctement, sources citées de manière à permettre la vérification des données ;

Egalement, travail de rédaction personnel : pas de citation non reconnue, ce qui constituerait un plagiat. Utilisation de logiciels de recherche de plagiat par l’enseignant."







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Hélan saadi 22/06/2012 13:57


merci pour cette bonnes informations monsieur Gautier,et sourtut sur L'INALCO que déja on'a pas su.


depuis d'année on n'a pas eu bcp de temps pour lire mais maintenant on lit


et encore merci pour cette explication.